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08/06/2007

LE DESARMEMENT NUCLEAIRE, UNE URGENCE ABSOLUE !

CONFERENCE-DEBAT :
LE DESARMEMENT NUCLEAIRE,
UNE URGENCE ABSOLUE !

http://www.mondesansguerres.org/

 

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Par Eric Bastin, Porte-Parole de MSGNV

PARIS LE 7 JUIN 2007

Bonsoir,

Aujourd’hui, nous ressentons une forte inquiétude. Cette inquiétude, c’est l’utilisation de l’arme nucléaire, c’est la menace d’une guerre nucléaire. Nous considérons cette menace comme le danger le plus grave pour l’humanité. Aujourd’hui, l’arsenal nucléaire mondial est suffisant pour détruire plus de vingt fois notre planète. Oui, vingt fois. A chaque instant, chacun d’entre nous vit avec cette effroyable épée de Damoclès au-dessus de sa tête.

En 1983, Andreï Sakharov estimait qu’une guerre nucléaire généralisée pourrait entraîner la destruction de l’humanité en tant qu’espèce vivante. Cette prédiction est toujours d’actualité. L’enjeu est bien celui-ci : la disparition même de l’espèce humaine. Nous ne voulons pas d’un futur basé sur la terreur, ni pour nous-mêmes, ni pour nos enfants. La seule issue est le désarmement nucléaire total ! Et c’est l’urgence du moment !

Toutefois, la guerre nucléaire n’est que la partie la plus extrême d’un phénomène plus global et plus profond, celui de la violence. Cette violence, on la retrouve dans toutes les sociétés, dans tous les pays et dans chaque être humain. Elle s’exprime dans tous les domaines, dans la famille, dans le travail, dans les institutions…. Elle est non seulement physique, mais aussi psychologique, raciale, religieuse, sexuelle, économique … La violence, quelle que soit sa forme, nous la subissons tous au quotidien.

Sa manifestation la plus effroyable est bien sur la guerre car elle est massive, organisée et planifiée, et bien entendue complètement légale ! Mais, elle n’est pas la seule à faire des dégâts considérables. La violence économique, qui plonge des milliards d’êtres humains dans la misère forcée, est tout aussi effroyable. Simplement, elle parait moins spectaculaire !

Ainsi, en tant qu’humanistes, nous n’agissons pas seulement pour la paix. Bien sur, la paix est nécessaire. Mais, elle n’est pas suffisante. La paix ou l’absence de guerre ne résoudra pas les autres violences. Par ailleurs, si les autres violences ne disparaissent pas, cette paix ne deviendra jamais durable. Aussi, nous aspirons à autre chose, qui va beaucoup plus loin, c’est la non-violence active.

Si nous observons l’histoire humaine, depuis l’homme chasseur et cueilleur du paléolithique, à l’agriculteur du néolithique qui a domestiqué les plantes et les animaux, jusqu’à l’homme moderne constructeur de sociétés complexes, même si à certains moments des progrès importants ont été observés, la caractéristique principale de toute cette évolution a été la violence. Beaucoup diront que nous n’avons rien à voir avec nos très lointains ancêtres et que l’être humain d’aujourd’hui a fait un saut spectaculaire par rapport à ses origines. Certes, mais sortir de la préhistoire ne signifie pas détruire des personnes avec des missiles, plus efficaces que des flèches et des pierres. Sortir de la préhistoire ne signifie pas exploiter des personnes en les endettant et en les plongeant dans la misère, en faisant mieux que le fouet et l’esclavage.

Sortir de la préhistoire, cela signifie laisser en arrière la violence et la domination de tout être humain sur un autre. Il s’agit de faire un saut dans la conscience. De produire un changement de mentalités lié à un changement dans la relation avec les autres et dans l’organisation sociale. Pour sortir de la préhistoire, nous avons non seulement besoin d’une société avec plus de justice et de liberté, mais aussi d’un changement interne à un niveau personnel. Nous parlons d’une transformation personnelle et sociale simultanée.

On considère généralement la non violence comme une position naïve. Pourtant, s’il n’y a aucun moyen pour arrêter la spirale de la violence aujourd’hui, nous aurons bientôt des dictatures mondiales qui chercheront à d’établir leur ordre et leur pseudo paix, conditions nécessaires pour faire des affaires. Le terrorisme aura la capacité nucléaire et chimique de destruction et la délinquance ordinaire deviendra massive.

Ainsi, après l’échec de 20 civilisations et l’échec de l’occident où tant de dirigeants et de leaders croyaient et croient encore arriver à une société meilleure avec la violence, nous affirmons aujourd’hui que la violence correspond à une étape très infantile et primaire de l’humanité et qu’il est urgent de mûrir avant qu’il ne soit trop tard. Un système où 80% de l’humanité, soit près de 5 milliards d’êtres humains, souffrent par manque de santé, d’éducation, d’alimentation et d’abri est un système profondément injuste, totalement inhumain et hyper violent. Un tel système ne peut pas avoir de futur et doit être changé.

La violence que nous ressentons, provient des injustices sociales. Elle provient aussi de la souffrance et de la peur que ressentent des milliards d’êtres humains. La violence est la réponse que nous donnons quand la peur envahit notre conscience. Plus grande est ma peur, plus violent est mon comportement. Plus incertaine est la société, plus violente sera son organisation. A la racine de la souffrance se trouve la peur. A la racine de la dépression, de l’angoisse, du non sens, à la racine de l’égoïsme, de mes désirs, se trouve la peur. Nous avons peur de la maladie, de la solitude, de la pauvreté, de la mort…

Pour en finir avec la violence, que devons-nous faire ? Faire quelque chose avec nous même et dans la société. La non violence est cette direction que nous proposons pour construire une autre société, un autre monde, une nouvelle civilisation. Mais, c’est aussi une direction pour chaque personne qui veut en finir avec sa propre violence, avec ses propres peurs.

C’est une direction, un chemin et un sens dans la vie. C ’est une méthodologie d’action, un sentiment et un engagement.

L’engagement non violent implique de dénoncer, de prendre position et d’agir concrètement contres toutes les formes de violence, en s’organisant avec d’autres. Ainsi, même si le pacifisme est nécessaire dans une première étape, la non violence nous aide à comprendre que les guerres se développent dans un certain contexte, un contexte violent, et que si ce contexte était différent, pour préciser « non violent », il n’y aurait plus jamais de guerres !

EBASTIN.jpgLa non-violence, c’est faire le « vide », c’est la dénonciation, le rejet, la non coopération avec la violence, la pression, et c’est la désobéissance civile face à l’injustice institutionnalisée. Ainsi, si le pacifisme aspire à un monde sans guerres, la non violence fait progresser cet idéal jusqu’à le convertir en celui d’humaniser la terre !

Pour conclure, nous sommes véritablement devant un choix, celui de continuer l’escalade de la destruction par l’appauvrissement continu des populations, par la montée de la violence, par le contrôle de plus en plus accru des personnes, par la militarisation progressive des sociétés ou bien opter pour la non violence en tant que conduite quotidienne, mais aussi en contribuant à développer un mouvement social de plus en plus ample, qui pourra faire pression contre les pouvoirs en place afin de rendre la justice sociale.

Dans différents moments de l’histoire, des personnes et des causes, qui ont atteint leurs objectifs sans parcourir le chemin du sang et de la destruction, ont existé. Ils nous servent de modèles et de références vivantes pour orienter notre action et retrouver la foi en une lutte pour l’éradication de la violence.

Aujourd’hui, tous les peuples ne veulent plus de guerre, ne veulent plus de violence et aspirent à la justice sociale. Nombreux sont ceux qui cherchent de nouvelles réponses et de nouveaux chemins. Nombreux sont ceux qui ressentent une nécessité de dialogue et de construction d’un projet qui leur donne espoir et futur.

Un jour, l’être humain éprouvera de la répugnance pour la violence. Parce que la souffrance qui lui correspond deviendra insupportable. Une telle évolution de la conscience pourrait réussir à s’installer dans nos sociétés comme une conquête culturelle profonde. A ce moment la, ce profond idéal d’une nation humaine universelle verra le jour. Une nation humaine universelle, où tous les êtres humains auront les mêmes droits et les mêmes opportunités, où les différents peuples, les différentes cultures dialogueront et se comprendrons mutuellement. Une nation humaine universelle non-violente.

Merci de votre attention.

Eric Bastin

ACDN : DISCOURS DE JEAN-MARIE MATAGNE

CONFERENCE-DEBAT :
LE DESARMEMENT NUCLEAIRE,
UNE URGENCE ABSOLUE !

http://www.acdn.net/

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par Jean-Marie MATAGNE, président d’ACDN

 

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Jan TAMÁŠ, initiateur et porte-parole du collectif tchèque « Non aux bases » [du bouclier antimissile des États-Unis] et président du Parti humaniste tchèque]

 

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Éric BASTIN, porte-parole de MSGSV, ingénieur dans le nucléaire nucléaire

 

Paris, le 7 juin 2007

Mesdames, Messieurs, Chers amis,


J’aimerais tout d’abord remercier le Parti Humaniste de m’avoir invité à introduire le débat de ce soir sur cette tâche urgente du temps présent : le désarmement nucléaire. Il n’est pas courant qu’un parti politique français aborde la question et la soulève publiquement. C’est à ma connaissance la première fois depuis plusieurs lustres. En faire son objectif politique prioritaire, cela ne s’est même jamais vu.


La force de frappe, secrètement préparée par les gouvernements de la IVe République qui s’étaient succédé depuis la création du Commissariat à l’Energie Atomique par le gouvernement du général de Gaulle fin 1945, est devenue une réalité sous la Ve République, au début des années soixante, après le retour du général au pouvoir et par sa volonté. Elle fut alors contestée, surtout à gauche ; elle a pratiquement cessé de l’être depuis au moins deux décennies, un « consensus » sur la dissuasion nucléaire étant censé régner dans la classe politique comme dans la population française.


En réalité, ce consensus ne peut se perpétuer qu’à condition de ne pas parler des fondements de la dissuasion nucléaire, de son coût, de ses dangers et de ses incohérences. Mais c’est justement ce que nous allons faire ce soir, et j’espère que, s’il y a parmi vous des adeptes de l’arme nucléaire, ils repartiront d’ici avec des convictions pour le moins vacillantes.


J’aimerais en second lieu préciser le sens de ma participation à ce débat. Pas plus que d’aucun autre parti, je ne suis membre du Parti Humaniste, même si j’apprécie ses valeurs et ses objectifs, sans pour autant approuver tout son programme. Je ne suis donc pas là pour lui apporter un soutien électoral, encore moins une caution morale si jamais il était, comme je l’ai entendu dire hier soir sur une chaîne de télévision d’Etat, une secte. Le désarmement nucléaire ne serait-il pour lui qu’un moyen de manipuler les esprits, de recueillir des voix et de collecter des fonds ? Etant un esprit horriblement rationnel, j’attends qu’on m’en apporte la preuve. En attendant, je constate que son candidat à la présidentielle, Alain Ducq, est le seul à avoir introduit auprès du Conseil Constitutionnel, comme je l’avais fait moi-même en 2002, un recours contre les candidats ayant annoncé qu’ils ne respecteraient pas l’article VI du TNP, en stricte contradiction avec l’articleV de la Constitution française. Où est la manipulation ?


Je représente donc ici, simplement, l’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire, ACDN, association fondée selon la loi de 1901 avec quelques amis il y a onze ans, en mai 1996. Dix ans plus tôt, en janvier 1986, j’avais entendu Mikhaïl Gorbatchev, qui disposait alors de l’un des deux grands arsenaux nucléaires, lancer un étrange appel : « Plus aucune arme nucléaire d’ici l’an 2000 ! ». Mot d’ordre si surprenant qu’il m’a jeté dans l’étude de la dissuasion, de l’armement et du désarmement nucléaires. La question est devenue le principal objet de ma thèse de philosophie, dont il m’a fallu changer radicalement le titre et le sujet. Depuis cette date -il y a donc 21 ans- elle n’a plus cessé de hanter mes jours et mes nuits.


Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est de sa solution que dépend la survie de l’espèce humaine et la possibilité pour cette dernière de résoudre d’autres problèmes majeurs comme la dégradation du climat, la pollution de la nature, l’alimentation et la santé d’une population qui prolifère, et bien sûr, la persistance des guerres ou l’émergence du terrorisme.

Pour vous en convaincre, je dispose d’un quart d’heure. Comment faire pour réfuter en si peu de temps plus de six décennies de matraquage idéologique permanent, qui nous expliquait et continue de nous expliquer que, sans la bombe atomique, sans la terreur salutaire qu’elle inspire, le monde aurait déjà connu ou connaîtra demain une troisième guerre mondiale ? Oui, comment faire ?


J’ai retourné la question et finalement je pense avoir trouvé la solution : c’est de vous lire la lettre ouverte adressée le 5 avril dernier aux candidates et candidats à la présidence de la République et au PC Jupiter. (Si vous ignorez ce qu’est le PC Jupiter, vous allez vite le comprendre.) L’un des candidats au moins semble m’avoir lu, puisqu’il m’a répondu le 18 avril par une lettre de trois pages. C’est justement lui qui a obtenu ensuite le bail pour la résidence jupitérienne. Après avoir entendu ma lettre, vous en saurez donc autant que notre nouveau président de la République. Si vous souhaitez lire la
réponse de Nicolas Sarkozy, il vous suffira de vous rendre sur le site Internet d’ACDN.

Lisons donc cette
lettre aux candidats à la présidence de la République française...

Vous le voyez, chers amis :


Cette lettre ne s’adressait pas seulement aux candidats d’hier - ni à ceux de demain. Elle s’adresse en fait à tous les citoyens français, européens, à toutes celles et ceux qui se considèrent comme citoyens du monde. Elle s’adresse donc à vous.


Je suis sûr qu’après avoir écouté Jan Tamas et Eric Bastin, nous trouverons ensemble dans la situation actuelle encore plus de raisons de conclure que le désarmement nucléaire est bien une urgence absolue : avec les nouvelles doctrines d’emploi d’armes nucléaires (dites miniaturisées), avec la prolifération nucléaire (effective ou imminente), avec la tentation de guerres préventives, elles-mêmes pouvant être nucléaires (contre l’Iran par exemple), avec les risques de terrorisme nucléaire, avec le déséquilibre introduit par le bouclier antimissiles américain et la menace de retour à la guerre froide, avec dans ce cas le reciblage des villes d’Europe occidentale par les missiles russes, etc.


Autant de raisons, et j’en passe, d’agir pour exiger une initiative rapide de la France en faveur d’un désarmement nucléaire général. Là-dessus, j’aurais bien des propositions à faire. Mais je dois passer la parole à Jan Tamas. Je vous remercie de votre attention.


Jean-Marie Matagne