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17/03/2010

QU'EST-CE QUE LA NON-VIOLENCE ACTIVE ? PAR LE MOUVEMENT HUMANISTE

LA NON-VIOLENCE ACTIVE (Français)

 

LA NON-VIOLENCE ACTIVE (Arabe)

 

LA NON-VIOLENCE ACTIVE (Anglais)

 

TEXTE VIDEO

Dans le monde actuel la violence augmente et se répand dans tous les domaines, en engendrant un climat de peur, d’incertitude, d’asphyxie et de clôture. Il ne s’agit pas seulement de violence physique, de guerre et de criminalité, mais aussi de violence économique, raciale, religieuse, psychologique, celle domestique, familiale et de la violence intérieure.

Parfois il nous arrive d'écouter le mot non-violence mais, cause de la superficialité des informations, nous n’en n’avons pas toujours une idée précise.

La non-violence n'est pas le pacifisme, ce n'est pas une simple méthodologie pour les manifestations. La non-violence n'est pas l´attitude résignée de celui qui, à cause de la peur, évite le conflit.

La non-violence est une grande philosophie de vie et une méthodologie d'action, toujours inspirée par de profondes convictions morales et religieuses, et aujourd'hui elle est la seule réponse cohérente à la spirale de violence qui nous entoure.

Voyons en bref les idées de quelques penseurs et mouvements qui se sont inspirés de la non-violence.

 


JAINISME.jpgJAINISME

«Eprouver de la compassion pour un Être Vivant c’est l'éprouver pour soi-même»

Le jaïnisme est, avec l'hindouisme et le bouddhisme, une des religions historiques de l'Inde.

Pour le jaïnisme, tout être vivant a un principe vital unique et immortel. Toute action qu'on accomplit est une cause qui a un effet, et ainsi toute action violente (himsa) contre ce principe vital se retourne contre celui qui l’a accompli.

Seulement avec des actions non-violentes il est possible d'atteindre le lieu de la béatitude et de la paix. Pour cette raison l'ahimsa – la non-violence – est le fondement de l’éthique jaïniste. L'ahimsa est le respect total de toute forme de vie.

Tuer un Être Vivant est comme se tuer soi-même; éprouver de la compassion pour un Être Vivant est comme l'éprouver pour soi-même.

En connaissant ce principe d’Égalité, traite toujours les autres avec Respect et Compassion.

 

LEON TOLSTOI.jpgLEON TOLSTOI

«Ne fait pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'ils fassent à toi-même»

Il naquit en 1828 à Jasnaja Poljana en Russie.

Entre le 1860 et le 1880 il écrivit ses deux romans les plus célèbres, Guerre et paix et Anna Karenine. Mais c’est dans ses autres livres, comme Le Royaume de Dieu est en vous, qu’on trouve une profonde réflexion sur la non-violence.

Après une crise existentielle il s’approcha du christianisme, en essayant d’en cueillir le sens authentique et originaire, perdu par le christianisme officiel.

Pour Tolstoj l'église a oublié deux principes simples mais fondamentaux de l'Évangile : aimer les hommes et ne pas s’opposer au mal avec la violence. Ainsi, même si le christianisme est partout autour de nous, il n'a pas pénétré dans le coeur et dans la vie des hommes.

Et alors le Christ enseignait sa doctrine qui consiste non seulement dans le fait qu’il ne faut pas s'opposer au mal avec la violence, mais aussi dans une nouvelle idée de la vie, dont l’application à la vie sociale aurait le résultat de faire disparaître la lutte entre les hommes, en ne soumettant pas une partie d'eux à quelques autorités, mais en interdisant que les hommes, surtout ceux qui sont au pouvoir, utilisent la violence contre n'importe qui, dans toutes circonstances.

Mais ce message fut réellement accepté par peu de personnes, et même quand les États accueillirent le christianisme, ils le firent en acceptant l'extériorité de la doctrine, pour pure utilité.

La contradiction entre la conscience et la vie et, donc le dédoublement de notre existence, sont arrivés à leur extrême limite.

D’un côté on parle d'humanité, de compréhension, de justice et de l’autre côté on appuie, silencieusement ou explicitement, une société et un système de gouvernement fondés sur la violence. Qui se trouve au gouvernement utilise toujours la violence quand son pouvoir est menacé. La guerre est ainsi justifiée comme une nécessité pour empêcher que les méchants aillent au pouvoir, bien qu’en réalité eux-mêmes sont les violents, et ne veulent rien d’autre que protéger leur situation apparemment avantageuse. Et ainsi ils manipuleront l'opinion publique pour convaincre qu'il s'agit d'utiliser la violence contre un mal objectif, qui met tout le monde en danger.

Si nous n'étions pas aveuglés par l'hypocrisie, les choses les plus simples de la vie nous apparaîtraient d’une façon très claire :

Partage ce que tu as avec les autres, n’accumule pas de richesses, ne soit pas superbe, ne vole pas, ne fait pas souffrir, ne tue pas, ne fait pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'ils fassent à toi-même, tout ceci a été dit, non pas il y a dix-huit siècles, mais cinq mille ans, et on ne pourrait pas douter de la vérité de cette loi si l'hypocrisie n'existait pas.

L’unique sens de la vie est de servir l'humanité, en concourant à l'établissement du royaume de Dieu, ce qui ne peut pas se faire si chacun des hommes ne reconnaît pas et ne professe pas la vérité. «Le royaume de Dieu ne viendra pas de manière qu'on puisse l’observer. Et on ne dira pas : le voilà ici, ou le voilà là-bas. Pour le fait que, tout simplement, le Royaume de Dieu est en vous.»

 

 

GANDHI2.jpgM. K. GANDHI

«La non violence est la plus grande force à disposition de l'humanité»

Gandhi naquit en Inde en 1869 et s'établit à Londres en 1888 pour obtenir la maîtrise en Droit. Ses intérêts le portèrent à étudier des textes religieux et il s’approcha aussi de la pensée de Tolstoï, en restant frappé surtout par Le Royaume de Dieu est en vous, qu'il définit comme un des livres capables de transformer immédiatement une personne. Il partit pour l'Union de l’Afrique du Sud en 1893 pour des raisons de travail. Le pouvoir en Afrique du Sud était en main à une minorité de blancs et il y avait un régime d'apartheid absolu qui discriminait non seulement les natifs mais aussi une petite communauté d'Indiens. Et c’est ici que Gandhi, en se heurtant contre la ségrégation raciale et en subissant diverses offenses, commença son activité sociale. Environ 5000 Indiens devaient subir des injustices de tous types: persécutions, taxes exagérées, restrictions des libertés personnelles. Gandhi se plaça comme leader de cette communauté et au début ses luttes se fondaient sur des pétitions, des dénonciations, des publications et des lettres. Mais avec le déroulement et l’envenimement des événements, il mûrit et approfondit ses idées et ses méthodes de lutte.

En 1906 une nouvelle loi obligeait les Asiatiques à se munir de cartes d'identité, à se laisser prendre les empreintes digitales et à se soumettre à une longue série d'humiliations. Gandhi lança une campagne de désobéissance civile, les Indiens refusèrent de se faire enregistrer. Les prisons se remplirent et même Gandhi fit sa première expérience de ceux qu’il appelait les «auberges de Sa Majesté».

En 1913 une grande partie des lois discriminatoires furent abrogées, et Gandhi avait obtenu une première grande victoire, en montrant la grande force de la non-violence. En 1914 il revint en Inde où entre temps il était devenu célèbre.

L’Inde était une colonie anglaise de grande importance. Elle avait été assujettie militairement, politiquement et économiquement. Les anglais exploitaient avec des grands revenus les ressources naturelles de l’Inde, mais le pays restait toujours pauvre. Le mécontent était très diffus et le Congrès indien n’avait aucun type de pouvoir politique.

Grâce au guide de Gandhi le Congrès prit un rôle différent en ce qui sera en suite le processus de l'indépendance indienne: il en fit partie aussi une minorité musulmane, mais surtout, le mouvement d'élite se transforma en mouvement de masse. Les campagnes non-violentes que Gandhi lança (il les appelait Satyagraha, c’est-à-dire force de la vérité) furent appuyées dans tout le pays : désobéissance aux lois injustes, manifestations, mais surtout non-collaboration avec le gouvernement anglais. Les écoles gouvernementales se vidèrent, les conflits étaient résolus hors des tribunaux, ceux qui étaient employés dans les administrations se retirèrent, les produits anglais étaient boycottés.

Les vieux outils indiens pour la filature furent rafraîchis pour la production de vêtements, ainsi, ne les achetant plus des anglais, on pouvait toucher les colonisateurs en ce qui était pour eux le plus important: l’économie.

Pour Gandhi la non-violence : «ne signifie pas soumission docile à la volonté du méchant, mais signifie l'emploi de toutes les forces de l'âme contre la volonté du tyran.

La non-violence n'est pas une justification pour le couard, mais la suprême vertu du courageux. La pratique de la non-violence demande beaucoup plus de courage que la pratique des armes... Aussi la vengeance est un symptôme de faiblesse… Un chien aboie et mord quand il a peur. Un homme qui ne craint personne au monde juge inutile même de se fâcher contre celui qui, en vain, essaye de lui apporter une offense.

Je considère moi-même un soldat, mais un soldat de paix. Je suis conscient de la valeur de la discipline et de la volonté.»

La lutte continua aussi avec le boycottage du sel importé de l'Angleterre : Gandhi enseigna à ses gens à l'extraire de la mer.

Le chemin, de toute façon, ne fut pas linéaire. Il y avait des grandes violences de la part des Anglais qui, dans un tristement célèbre épisode, tirèrent sur la foule paisible et inerte en tuant 400 personnes ; et il y avait des violences aussi de la part des manifestants, ce qui porta Gandhi à suspendre le Satyagraha pour reprendre la lutte successivement.

En général les Anglais répondirent avec une alternance de concessions et de répressions.

Pour Gandhi la non-violence était beaucoup plus qu'une forme de lutte ou d'un moyen pour atteindre un but politique. La non-violence est la lutte contre les injustices, l’affirmation de l'amour vers les autres, la recherche de la Vérité.

«Une longue expérience m'a convaincu qu'il n’y a pas d’autre Dieu que la Vérité… Les petites et fugaces lueurs de Vérité que j'ai été capable de cueillir peuvent difficilement donner l'idée de la splendeur de la vérité, un million de fois plus intense que celle du soleil qu’on voit tous les jours avec nos yeux. En réalité ce que j’ai cueilli est seulement le rayon le plus léger de cet éclat puissant. Mais sur la base de toute mon expérience je peux dire avec certitude : une vision parfaite de la vérité peut dériver seulement d'une complète réalisation de l'Ahimsa, de la non-violence».

Ce chemin difficile porta l'Inde à l'indépendance, à la fin du second conflit mondial. Ce n'était pas l'indépendance dont Gandhi rêvait : le pays se divisa en Pakistan, avec majorité musulmane, et en Union Indienne, à majorité hindoue. Dans cette atmosphère de violence religieuse Gandhi fut tué par un Hindou extrémiste en 1948. Cependant Gandhi avait déjà montré au monde la grande force de l'Ahymsa, la grande force de la lutte non-violente.

 

 

MLK.jpgMARTIN LUTHER KING

«La non collaboration avec le mal est une obligation morale ainsi que la collaboration avec le bien»

M.L.King naquit en 1929 à Atlanta en Géorgie, prit une maîtrise universitaire en Théologie et Philosophie et dans ses études il découvrit aussi Gandhi, en restant frappé et fasciné par l'idée de non-violence. Pasteur baptiste, plus qu'un penseur il fut un grand homme d'action. Son activité sociale se déroula dans les années '50 et '60, dans lesquels dans les démocratiques États-Unis d'Amérique existait un dur régime ségrégationniste qui voyait les noirs vivre aux marges de la société. En tous les lieux publics -moyens de transport compris- les noirs avaient des places "réservées", ils ne jouissaient pas des mêmes droits des blancs, les salaires étaient différents, ils vivaient enveloppés par une atmosphère venimeuse de violence et de discrimination, et surtout relégués en quartiers ghetto.

En 1954 MLK s'établit à Montgomery en Alabama, et ici il commença son activité politique et sociale, comme leader du mouvement de protestation contre la ségrégation raciale dans les moyens de transport de la ville.

L'étincelle de la protestation naquit de l'arrestation d’une femme, Rosa Parks, qui, étant assise dans un autobus en une place réservée aux blancs, refusa de se lever. On prépara et réalisa avec succès un boycottage des moyens de transport.

La protestation dura plus qu'un an et les noirs de Montgomery montrèrent une grande conviction, permanence et maturité, en mettant en pratique les idées de M.L.King : non-violence, ne pas répondre aux provocations. Provocations qui furent de tous types : M.L.King fut arrêté et condamné et subit des menaces et des attentats, des arrestations de masse furent exécutées, des fausses nouvelles furent données par les autorités et par les moyens d’information pour diviser le Mouvement. Celle-ci est la manière avec laquelle nous sortirons de cette obscure nuit d'oppression: faire de cette nation une nation meilleure signifie que nous pouvons nous lever et faire connaître à l'opposition que nous n'accepterons pas l'injustice et l'affronterons avec nos vies. Nous ne nous baisserons jamais au niveau de la violence et de la haine, et arriverons à ce point et serons capables de les convaincre qu'un nouveau monde est en train d'émerger.

Après un an de protestations, la Cour Suprême déclara illégale le ségrégationnisme dans les moyens de transport. Les réactions violentes à la décision de la Cour Suprême furent fortes, entre elles des manifestations du Ku Klux Klan, mais aussi les réponses du Mouvement furent convaincues : «un des mérites les plus importants de la démocratie Américaine est que nous avons le droit de pouvoir protester pour nos droits; celle-ci est une protestation non-violente; nous nous appuyons sur des forces spirituelles et morales, en utilisant la méthode de la résistance passive, et même si nous devons recevoir violence, ne répondons pas avec violence.»

Le mouvement des noirs s’était développé aussi entre les étudiants :non-collaboration, manifestations de protestation, sit-in étaient les méthodes les plus utilisées contre le ségrégationnisme. Un important objectif était d’atteindre le droit réel au vote pour la population de couleur. M.L.King continua à subir une série d'injustices, d'arrestations injustifiés, de menaces et d’attentats.

Finalement on commença à négocier et à atteindre les premiers accords pour abolir le ségrégationnisme. Les luttes se répandirent aussi aux États du nord en culminant en 1964 avec la marche de Washington, où M.L.King tint son fameux discours: «J’ai un rêve».

J’ai un rêve qu’un jour, sur les rouges collines de la Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité.

J’ai un rêve qu’un jour, même l’État de Mississippi, un état étouffé par la chaleur de l’injustice, étouffé par la chaleur de l’oppression, sera transformé en une oasis de liberté et de justice.

J’ai un rêve que mes quatre enfants habiteront un jour une nation où ils ne seront pas jugés par la couleur de leur peau, mais par les qualités de leur caractère.

J’ai un rêve, aujourd’hui.

Dans les années suivantes, avec la permanence des luttes, s'envenima aussi la réaction des ségrégationnistes, et divers représentants du Mouvement non-violent furent tués. Martin Luther King comprit en profondeur de plus en plus que sa lutte n'était pas seulement celle des noirs en Amérique, mais concernait tout le genre humain. Ainsi il comprit que la violence était à rechercher en sein de la société même, de ses règles, de sa philosophie.

Cette profondeur le poussa à prendre position contre la guerre au Vietnam, en recevant les critiques de ce monde démocrate et chrétien qui, petit à petit, était en train de l'accepter et de le reconnaître comme interlocuteur.

«Dieu n'est pas intéressé tout simplement à la liberté des hommes noirs, des hommes marrons et des hommes jaunes, Dieu est intéressé à la liberté de toute la race humaine et à la création d'une société où tous les êtres humains vivront ensemble comme frères, où il n’y aura pas besoin de haine ni de violence, celle-ci est une autre manière, une manière moderne comme celle de Gandhi qui nous dit que la non-coopération avec le mal est une obligation morale ainsi que la collaboration avec le bien, celle-ci est une autre manière.»

M.L. King mourut assassiné le 4 avril 1968 à Memphis, au Tennessee, mais plus rien n’aurait pu arrêter tout ce qu’il avait mis en marche. La veille il tint un discours :

«Comme tous, je voudrais vivre une longue vie : la longévité a son importance. Mais maintenant je ne me préoccupe pas de cela. Je veux faire seulement la volonté de Dieu. Et Il m'a permis de monter sur la montagne. Et de là, j'ai donné un coup d’oeil. Et j'ai vu la terre promise. Peut-être je n'arriverai pas là avec vous. Mais je veux que cette nuit vous sachiez que nous, en tant que peuple, atteindrons la terre promise. Et je suis heureux, cette nuit. Rien ne m'effraie. Je n'ai peur d'aucun homme. Mes yeux ont vu la Gloire de l’Avent du Seigneur.»

 

 

SILO8.jpgSILO

«Aime la réalité que tu construis et pas même la mort n’arrêtera ton vol !»

Silo, pseudonyme littéraire de Mario Rodriguez Cobos, naquit en 1938 à Mendoza en Argentine, où il vit actuellement.

Les premières tentatives de rendre publiques ses idées furent réprimées par le sanglant régime militaire qui, dans les années '60, s'imposa en Argentine. Silo et quelques jeunes qui diffusaient ses idées furent arrêtés et persécutés.

Seulement le 4 mai 1969 un discours public fut possible, mais à 3000 mètres d'altitude sur le mont Aconcagua, entouré par des véhicules militaires et des mitrailleuses.

«Lorsque je parle de violence, ne crois pas que je me réfère uniquement à la guerre et aux armes avec lesquelles les hommes détruisent d’autres hommes ; ceci est une forme de violence physique. Mais il y a aussi une violence économique qui te fait exploiter l’autre : elle apparaît quand tu voles l’autre, quand tu n’es plus son frère, mais plutôt un rapace pour lui. Il y a aussi une violence raciale : crois-tu ne pas l’exercer quand tu persécutes quelqu’un d’une race différente de la tienne ? Crois-tu ne pas l’exercer quand tu le diffames car il est d’une race différente de la tienne ? Il y a une violence religieuse…»

Malgré la répression et le silence des moyens d’information, la pensée de Silo se répandit de l’Amérique Latine au reste de la planète. En rencontres et conférences, tenues en divers pays et continents, il expliqua ses idées publiquement.

Beaucoup de jeunes restèrent enthousiastes de ses propositions, et lentement un courant de pensée et d'action commença à se développer, connu comme Mouvement Humaniste.

Notre morale est fondée sur ce principe : traite les autres comme tu veux qu’ils te traitent.

La philosophie de Silo a été définie Humanisme Universaliste ou Nouvel Humanisme. En effet ses propositions ne s'adressent pas aux conflits et aux injustices vécues par une culture particulière, mais à la planète entière, où les gens de toutes les latitudes souffrent à cause de la violence exercée par une minorité qui domine et impose son modèle inhumain.

La globalisation n'est que l'extension de l'influence de l'empire américain, qui impose ses modèles jour après jour

… au contraire les diversités sont très importantes, sont la richesse de l'humanité

…et doivent converger vers une nation humaine universelle.

Humanisme, puisque la préoccupation centrale de sa pensée est la vie humaine, l'être humain concret et réel.

«Tout être humain a le droit de s'interroger sur le sens de la vie, sur l'amour, sur l'amitié… sur tout ce qui concerne la poésie et la grandeur de l'existence humaine et qu'une stupide et petite culture matérialiste essaie de dénigrer, entraînant tout vers des anti-valeurs et vers la désintégration.»

Dans les années ‘90, le Mouvement Humaniste atteint un plein développement et aujourd'hui lutte pour la défense réelle des droits humains dans le champ social, politique et culturel, en différentes régions de la planète.

«Ces propositions de considérer l'être humain en tant que valeur centrale, de favoriser l'égalité des chances pour tous, de reconnaître la diversité en s'opposant à toute discrimination, de favoriser la liberté de penser et de lutter contre toute forme de violence, caractérise notre pensée et notre action dans les aspects les plus généraux. En même temps ces propositions finissent par former un style de vie et un mode de relations de la plus haute valeur morale, pouvant s'exprimer dans la phrase : «traite les autres comme tu veux qu'ils te traitent !»

Sa production littéraire est intense : nombreux sont les livres où on peut trouver l’exposition de ses idées.

En 1999, dans le même lieu où il avait prononcé son premier discours 30 ans avant, il déclare l’échec des idéaux du Nouvel Humanisme qui ne se sont pas réalisés.

"Si aujourd'hui nous avons à déclarer notre échec, nous devons aussi annoncer qu'une nouvelle civilisation est en train de naître, la première civilisation planétaire de l'histoire humaine."

Cinq ans après, à l'occasion de la première célébration du Message de Silo, il clarifie : "Nous avons échoué… mais nous insistons ! Nous avons échoué mais nous insistons dans notre projet d’humanisation du monde… Nous avons échoué et nous continuerons d’échouer encore mille et une fois car nous chevauchons les ailes d’un oiseau appelé «tentative» qui vole par dessus les frustrations, les faiblesses et les petitesses... C’est la tentative qui vaut la peine de vivre car elle est la continuité des meilleures aspirations des gens de bonté qui nous ont précédés. C’est la tentative qui vaut la peine de vivre car elle est le précédent des futures générations qui transformeront le monde."

Dans un monde où le manque de perspectives pour l'avenir asphyxient le présent, Silo expose ses analyses et ses propositions avec clarté :

Dans ce monde malheureux où la force et l’injustice s’emparent des villes et des campagnes, comment pense-t-on en finir avec la violence ?

"Peut être croient-ils être un exemple inspirateur pour les nouvelles générations quand, déguisés en jeux vidéo ils déblatèrent sur le monde, quand ils menacent dans la pire démonstration de tyrannie, quand, finalement, ils envoient leurs gamins envahir, tuer et mourir sur des terres lointaines. Cela n’est pas un bon chemin, ni un bon exemple.… nous travaillerons à partir de maintenant partout dans le monde pour faire pression sur ceux qui décident, pour diffuser les idéaux de paix, sur la base de la méthodologie de la non-violence, pour préparer le chemin des temps nouveaux. Oui, ça vaut la peine que ce Message et cet Humanisme Universaliste gagnent en force."

Le Message de Silo inspire une profonde spiritualité :

"Finalement, mes amis, je veux partager avec vous tous cette certitude profonde qui dit : «le Sacré est en nous et rien de mal ne peut arriver dans cette quête profonde de l’Innommable». Je crois que quelque chose de très bon arrivera quand les êtres humains trouveront le Sens tant de fois perdu et tant de fois retrouvé dans les tournants de l’Histoire.

Je voudrais, mes amis, que l’on entende le Message du Profond. Ce n’est pas un Message strident, c’est un message très tranquille que l’on ne peut entendre quand on veut l’attraper.

Je voudrais, mes amis, transmettre la certitude de l’immortalité. Mais, comment le mortel pourrait-il générer quelque chose d’immortel ? Peut être devrions-nous nous interroger sur comment il est possible que l’immortel génère l’illusion de la mortalité..."

Aujourd’hui c’est difficile de prévoir le développement futur du Message de Silo...

 

CONCLUSION

Dans l'histoire existent beaucoup de personnes qui donnent Espoir à l'humanité, toujours en indiquant la non-violence comme le chemin à suivre. Elles montrent aussi que le vrai pouvoir réside dans les gens, quand elles luttent avec unité, solidarité et décision pour un monde meilleur.

Elles montrent aussi qu’en chacun de nous on trouve la Bonté, la Force et la Sagesse, les seules choses dont on a réellement besoin.

Notre avenir dépend des choix que nous faisons aujourd'hui.

09/03/2010

LA DOMINATION MASCULINE PAR PATRIC JEAN

Patric Jean :
"Je suis un pro-féministe radical"

RADICAL : du latin radicalis, dérivé de radix (racine)

patric jean domination masculine.jpg 

Le féminisme et le pro-féminisme radicaux le sont dans le sens du mot latin qui renvoie à la racine. Cela signifie que l’idée n’est pas de trouver des solutions qui, en surface, vont aplanir les choses, mais de prendre le mal à la racine.

http://www.ladominationmasculine.net/petition-des-hommes.html


Source : http://www.iletaitunefoislecinema.com/entretien/3288/patr...

Article de Pamela Messi

Dans un documentaire intelligemment militant, le réalisateur belge s’interroge sur les racines de l’inégalité des sexes qui structure les sociétés occidentales.


« Vous avez-dit égalité ? », interroge Patric Jean sur l’affiche de son nouveau film, "La Domination masculine", un documentaire intelligemment militant. Education, politique, publicité, jeux de séduction… Le réalisateur belge explore tous les lieux d’exercice possibles de cette domination ancestrale, en s’arrêtant plus particulièrement sur le cas (éclairant) du Québec.

Une preuve que le propos est juste ? Il a fait sortir de leurs gonds les hommes les plus misogynes – ceux pour qui « le féminisme est un crime contre l’humanité » – qui inondent la blogosphère de commentaires haineux. Face aux incitations à la violence et aux menaces dont il a fait l’objet, Patric Jean a même dû récemment renoncer à un voyage à Montréal. «Je veux que les spectateurs se disputent en sortant de la salle», annonçait-il – sur le ton de l’humour – dans le dossier de presse du film. C’est réussi. Rencontre avec un homme qui se définit comme un «pro-féministe radical».



Ce titre, La Domination masculine, c’est un hommage à Bourdieu?

Patric Jean : Rien à voir. «La domination masculine», c’est une expression très ancienne dans la littérature. Je voulais parler exactement de ce sujet là : pas des combats des femmes mais de ce qu'est la domination masculine aujourd’hui en Occident. Le titre m’a donc sauté aux yeux.



Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à ce sujet?

J’ai choisi de travailler sur ce sujet pour des raisons politiques. De la même manière que je fais des films sur les pauvres parce qu’il y a des pauvres, j’ai eu envie de faire un film sur la domination masculine parce que nous vivons dans une société patriarcale où les femmes ne peuvent pas occuper la même place que les hommes. Or, si tout le monde est conscient de l’existence de la pauvreté dans le monde et donc de la nécessité de faire des films sur ce thème, la question du rapport entre hommes et femmes et de l’injustice de genre ne saute pas aux yeux. Dans l’idéal, ma démarche ne devrait donc surprendre personne.



Pourquoi avoir consacré une grande partie du film au Québec?

Parce qu’en matière de relations hommes-femmes, c’est une société qui a vingt ans d’avance sur la Belgique et la France où se déroule le reste du film. Il y a eu des combats de femmes et des raisons politiques et historiques complexes qui ont fait que c’est une société déjà beaucoup plus égalitaire que la nôtre. L’égalité n’est pas parfaite, mais c’est déjà un grand pas en avant. Sur la question de la violence conjugale par exemple, le Québec a clairement vingt ans d’avance, au moins. Mais ça c’est le côté positif. Le revers de la médaille, c’est que cette avance entraîne ce qu’on appelle le «ressac» ou «backlash» : le système réagit et on observe un contre-mouvement émancipatoire de la part d’hommes qui ne veulent pas perdre leurs privilèges et qui s’organisent pour que les femmes progressent le moins vite possible, voire qu’elles régressent.



Est-ce le début d’une guerre des sexes?

Pas d’une guerre des sexes mais d’une guerre politique. Côté féministe, vous avez évidemment une majorité de femmes mais aussi quelques hommes. Et du côté du backlash, vous avez une large majorité d’hommes, mais également une association de femmes qui militent pour que les femmes retournent à leurs casseroles et que les hommes gardent le pouvoir. La question est donc clairement politique : il s’agit de décider si on va continuer à progresser en essayant d’aller vers plus de justice et d’équité ou si l’on reste dans une société archaïque où les femmes font la popote pendant que les hommes partent à la chasse. Je caricature à peine…



Au cours du tournage, avez-vous eu des surprises?

Ma grande surprise a été de voir à quel point les femmes victimes de violences conjugales racontent toutes exactement la même histoire. Et ce, dans tous les pays où j’en ai rencontrées. Comme si elles s’étaient téléphonées pour se donner le mot. Même les mots qu’elles emploient pour décrire leur ressenti sont souvent les mêmes. Ce phénomène de violences conjugales n’est pas une suite d’histoires personnelles particulières, c’est un phénomène social. La preuve : ça se reproduit toujours de la même manière et dans toutes les classes sociales. Ça commence toujours par une forme de violence psychologique, par la dévalorisation de l’autre, par l’insulte. Et puis les coups arrivent…



Vous parlez peu de religion alors qu’habituellement, le sujet est mis sur le tapis dès que l’on aborde la place de la femme dans la société. Pourquoi?

Effectivement, quand on parle des femmes, la question de la religion revient sans cesse, parce qu’on parle de l’Islam et qu’on veut toujours nous expliquer que le musulman est un méchant macho qui bat sa femme. Ce faisant, on oublie que toutes les 55 heures, en France, un homme tue sa femme. Or, ils ne sont pas tous musulmans. Certains le sont peut-être, mais ils ne sont pas surreprésentés. Par ailleurs, toutes les classes sociales sont concernées : des médecins, des avocats... Il y a peu de temps, c’est un député qui a tué sa maîtresse. J’ai pensé à parler de religion, mais j’aurais dans ce cas parlé des trois religions et pas seulement de l’Islam, évidemment. Car la question de la femme dans la chrétienté et dans le judaïsme n’est pas abordée de façon plus brillante.



Comment votre mise en scène, très sobre, devait-elle servir votre propos?

C’est mon style : j’aime travailler sur le silence. Sur ce film en particulier, je souhaitais fournir au spectateur une matière brute. Lui livrer des faits et voir ce qu’il en tire plutôt que lui tenir la main avec un commentaire.



Tout le film est ponctué de scènes où vous recouvrez un mur d’images de symboles phalliques. Que cherchiez-vous à montrer?

C’est un côté un peu ridicule très masculin et qui me faisait plutôt rire : il semble que dans toutes les cultures, consciemment et inconsciemment, nous les hommes, nous ressentions ce besoin de réaffirmer notre pouvoir sur la société à travers des symboles et, notamment, le symbole phallique. Quand on regarde bien, il y en a absolument partout. Les plots anti-stationnement par exemple, correspondent exactement à la manière dont un enfant dessinerait un sexe en érection. J’ai beaucoup ri il y a quelques années à Bruxelles quand la ville a installé de nouveaux plots, dans une belle pierre de taille. Leur forme était rectangulaire – on ne pouvait donc pas y voir un symbole phallique – mais, à la base, ils avaient ajouté deux boules. J’aurais rêvé d’assister à la réunion chez le maire, d’écouter les gens discuter pour savoir si leur choix était conscient ou inconscient, s’ils avaient trouvé ça très drôle ou si personne ne s’était posé de question.

 

Vous avez participé à des débats à l’issue des projections en avant-premières de votre film. Les gens se sont-ils disputés autant que vous le souhaitiez?

Quand j’ai dit que je voulais qu’on se dispute à la fin du film, c’était évidemment une boutade. Mais j’ai tout de même entendu des couples ou même des hommes ou des femmes entre eux, discuter ferme. Plusieurs femmes ont pris la parole dans la salle, très émues. Elles avaient l’impression que le film parlait d’elles. J’ai également reçu une tonne de messages d’insultes anonymes écrits par des hommes beaucoup moins courageux. Pour vous donner une idée, je vous conseille de lire les commentaires sur les blogs et sites internet qui parlent du film. C’est affolant… A la fin du documentaire, je filme des masculinistes. On me demande souvent combien ils sont : dix ? Douze ? Eh bien non, ils sont des millions car leur idéologie est toujours dominante. Tendez l’oreille au coin de la rue ou dans le métro et vous entendrez des hommes discourir et lancer des généralités sur «les nanas», «les gonzesses», «les bonnes femmes»… Toujours ce même vieux discours misogyne. La différence avec les masculinistes, c’est que ces derniers théorisent leurs propos et en font un combat politique. Mais quand on voit combien d’hommes bavent de colère à l’idée même qu’on puisse faire un film dénonçant la domination masculine, on voit combien les idées masculinistes sont présentes dans notre société.



Comment vous situez-vous par rapport au mouvement féministe?

Je me considère comme un pro-féministe radical. Radical ne voulant pas dire extrémiste. On a souvent et volontairement entretenu la confusion. Il existe un féminisme radical et un certain nombre d’hommes ont voulu faire croire que c’était un féminisme extrémiste. Or, on n’a jamais tué au nom du féminisme. Le féminisme et le pro-féminisme radicaux le sont dans le sens du mot latin qui renvoie à la racine. Cela signifie que l’idée n’est pas de trouver des solutions qui, en surface, vont aplanir les choses, mais de prendre le mal à la racine. En se demandant notamment ce que l’on dira aux enfants, dans le cadre de leur éducation, sur ce que c’est qu’être un homme ou une femme. Autrement dit, je suis un pro-féministe radical parce que je m’interroge sur la racine de ce mal qui structure notre société.

Propos recueillis par Pamela Messi

http://www.ladominationmasculine.net/petition-des-hommes.html

03/03/2010

KHAZAN GUL : "TOUS LES HOMMES ET FEMMES QUI VEULENT UN MONDE SANS GUERRE SONT MES AMIS"

Interview d’Horizons et débats avec Khazan Gul

Khazan Gul a étudié la physique et les mathématiques à la Haute école pédagogique de Francfort. En 1973, il est rentré en Afghanistan, dans son pays dans la région de Khost. Depuis il s’engage pour le développement de l’instruction publique dans son pays et pour l’encouragement de l’autosubsistance qu’il pense être les premières conditions pour un Afghanistan libre et autonome.

Horizons et débats : Avec nos lecteurs, nous nous intéressons à la situation actuelle en Afghanistan, pourriez-vous nous dire quelque chose à ce sujet ?

Khazan Gul : En Afghanistan règne la guerre. La guerre, naturellement, est toujours liée à la peur. Le peuple vit perpétuellement dans la peur. Chaque jour les gens craignent que ce soit peut-être aujourd’hui que les Talibans ou les Américains viennent, car les deux sont très cruels avec le peuple.

Si ce sont les Talibans qui viennent, ils forcent le village à mener une «Guerre Sainte» contre les Américains. Ce sont eux, les occupants, les infidèles qui détruisent notre pays et notre culture. Le peuple ne peut pas se défendre. Les autres sont forts et armées.

Alors les gens disent, oui, d’accord, ce sont des infidèles et vous, vous êtes nos frères, vous êtes des musulmans, nous voulons bien vous aider, des amis – mais nos enfants, nos femmes, voici les dangers. Les Américains nous mettent en prison et nous bombardent, nous n’en voulons pas. Les Talibans cherchent les gens qui ont rasé leur barbe et qui n’ont pas fait leur prière comme il faut. Quand ils supposent que quelqu’un est un mauvais musulman, ils l’emmènent et le punissent.
Et puis, il y a les espions américains. Ils rapportent aux Américains : Ce soir, beaucoup de Talibans sont venus, ce village collabore avec les Talibans. Les Américains ont naturellement peur des Talibans et bombardent ce village.
Beaucoup de gens innocents sont par conséquent tués, et à la radio ils déclarent avoir tués tant et tant de Talibans, mais ce sont des civils, les Talibans ont quitté le village avant.

Mais le pire est que le gouvernement compte les morts et les blessés et paye 200 dollars par mort et 100 dollars par blessé. Ceci est évidement barbare. Un Afghan mort coûte 200 dollars. Et nous savons que les USA ont demandé aux Libyens 2 millions de dollars de dédommagement par Américain mort. Karzai, lui-aussi, a déjà plusieurs fois critiqué ce fait, il a pleuré puisque également les Américains et les forces étrangères nous tuent. Nous ne pouvons rien faire, les Talibans aussi nous tuent. C’est très triste. Le peuple entier vit dans une peur permanente. Telle est la situation actuelle en Afghanistan.

Horizons et débats : Quelles sont les possibilités pour la population de venir à bout de cette situation ? Ils y vivent, il faut vivre, comment vous débrouillez-vous ?

Khazan Gul : Je vis aussi dans la peur comme le peuple. Nous étions heureux lorsque les Talibans sont partis, et nous pensions que les Américains étaient nos amis. Et puis, ils ont commencé à perquisitionner nos maisons et à nous bombarder sans raison. Et maintenant les Américains se font beaucoup d’ennemis tandis que les Talibans gagnent des amis. Si cela continue ainsi, c’est très grave. Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve. Le peuple est désespéré. La situation s’empire de plus en plus.

La politique actuelle en Europe et en Amérique doit changer. C’est le peuple qui doit le faire. Le peuple européen et le peuple américain peuvent forcer leurs gouvernements à changer de politique. En Afghanistan, il faut un gouvernement digne de confiance, qui peut gouverner de manière autonome et qui peut se défendre contre des voisins étrangers, c’est dans de telles conditions que nous pouvons avoir un Afghanistan calme, c’est-à-dire les étrangers, les Européens et les Américains doivent nous aider. Actuellement, ce sont les Afghans qui aident les étrangers et non pas vice versa. Nous voulons travailler nous-mêmes dans notre pays, les autres doivent nous aider. Nous ne voulons pas que dans notre pays quelqu’un d’autre gouverne et que nous l’aidions. Je crois que le problème est, que les étrangers travaillent de façon autonome, sans rien demander au gouvernement afghan. Ils circulent en avions et en hélicop­tères, fouillent des maisons et arrêtent les gens, sans que notre propre gouvernement afghan le sache. Je veux dire ceci : aucun Afghan ne veut d’un cœur étranger.

Horizons et débats : Vous avez mentionné Karzai, quel rôle joue le gouvernement Karzai ?

Khazan Gul : Ils ne font que ce que leur disent les étrangers. Moi, je les considère comme employés des étrangers.

Horizons et débats : Le gouvernement ne peut pas poursuivre une politique autonome ?

Khazan Gul : C’est impossible. S’il y a des forces étran­gères, des forces militaires très puissantes, qui circulent dans le pays sans rien demander au gouvernement, celui-ci ne peut pas poursuivre une politique autonome.

Horizons et débats : Vous travaillez dans divers projets en Afghanistan et vous essayez d’améliorer la situation des gens là-bas. Pouvez-vous expliquer vos activités à nos lecteurs ?

Khazan Gul : Je veux bien. Beaucoup de personnes travaillent en Afghanistan, mais convaincues de ne pas pouvoir réussir dans un pays occupé par des forces étrangères, ils se résignent. Je crois qu’il ne faut pas attendre. Surtout dans l’enseignement et l’instruction publique, il ne faut pas attendre parce que c’est comme une vie, quand une journée est passée, elle est passée, elle ne reviendra pas. Je trouve très important que les gens dans chaque situation, aussi difficile qu’elle soit, continuent de travailler, même sous les conditions actuelles.

Pour moi, le développement de l’agriculture et de l’enseignement est la première condition pour la liberté et l’autonomie de l’Afghanistan. Pour moi, en tant qu’enseignant, l’éducation et la formation sont très importantes. Je travaille maintenant dans des régions que le gouvernement et d’autres évitent. J’ai travaillé là-bas déjà pendant la guerre contre l’Union soviétique. Les gens me connaissent et me comprennent. Je fais construire des écoles et je m’engage pour la progression de l’agriculture. C’est ainsi que j’ai beaucoup de succès. En Europe, je reçois de l’aide de mes amis et de différentes organisations. C’est ce que j’amène en Afghanistan dans ces régions pour construire de beaux bâtiments et pour la formation des enseignants.

Quand j’étais responsable de l’instruction publique à Khost, j’ai fondé 52 nou­velles écoles dans les montagnes et engagé des enseignants. Ce ne sont pas d’enseignants de formation, mais des gens qui savent lire et écrire, peut-être qu’ils ont fréquenté une école pendant trois ans ou ils ont appris dans une école coranique.

Il n’y a pas de bâtiments non plus. Les élèves apprennent dehors, sous des arbres. Je veux construire des bâtiments pour ces 52 écoles et former les enseignants. Chaque école reçoit un bon instituteur bien instruit. L’après-midi, celui-ci enseigne tous les autres instituteurs, 10 ou 20, avec les mêmes manuels que ces derniers utiliseront le matin pour enseigner les enfants. Cela fonctionne très bien. Les enseignants ont besoin d’une formation continue car les enfants posent des questions qu’ils ne comprennent pas eux-mêmes. Ils sont obligés de lire les manuels avec les enfants pour voir ce qu’ils ont compris et l’après-midi ils peuvent poser des questions. Ainsi, on peut éliminer les difficultés des enseignants.

En outre, j’essaye de procurer de l’argent pour la construction d’écoles. Jusqu’à présent, j’ai construit 5 écoles, payées par différentes écoles en Europe. C’est ce que je vais continuer. J’ai trouvé beaucoup d’amis ici en Suisse: Ils veulent financer une école d’agriculture, une école très importante. J’ai reçu de l’argent et quand je serai de retour, je commencerai la construction de cette école. Plus tard, j’engagerai des enseignants et je chercherai des paysans qui veulent suivre une formation. Ils apprendront à construire des systèmes d’irrigation, à cultiver les céréales et les légumes, à faire de meilleures récoltes ou à traiter des maladies simples des animaux et des plantes. Pour cela, il est nécessaire qu’ils apprennent à lire et à écrire, ils seront alphabétisés en même temps. Ainsi, on forme des paysans cultivés qui seront plus tard capables d’enseigner d’autres paysans.

Horizons et débats : Combien de personnes vivent dans la région où vous travaillez ?

Khazan Gul : C’est une tribu, les Tani. J’ai enregistré 3000 familles. Mais ces familles, ce n’est pas comme ici, ce sont de grandes familles, 10 à 30 personnes par famille. Je veux faire développer tous les domaines dans cette région. A mon avis, le fait que le fossé entre la ville et la campagne s’agrandisse de plus en plus, cause des guerres.

Les étrangers vivent et travaillent dans les villes. C’est là où les biens de première nécessité arrivent. Les villes se développent et la campagne reste ce qu’elle est. La majorité de la population vit à la campagne, plus de 80%. Ils n’ont pas de moyens de transport, pas de routes, pas de soins médicaux, pas de cliniques, pas d’eau potable et les maisons sont primitives. Si les villes continuent de croître et que la campagne reste en arrière, cela engendra la haine et l’envie. Les gens ne se comprennent plus. Dans les villes c’est une autre culture qui se développe, une culture européenne.

Je veux que l’Afghanistan se développe de façon homogène. C’est pourquoi j’essaye de développer cette tribu de montagne, les Tani, en quelque sorte comme exemple pour d’autres régions. Les gens dans d’autres régions peuvent faire de même s’ils veulent. Je travaille dans le territoire de cette tribu – de ma tribu parce que j’y appartiens – pour éviter de futures conflits armés et des guerres civiles.

Horizons et débats : Existe-t-il une coopération suprarégionale avec d’autres tribus dans d’autres régions qui travaillent pour le même but ?

Khazan Gul : Malheureusement, les gens cultivés, qui osent le risque et travaillent avec des tribus, sont rares. Les tribus entre elles collaborent évidemment. Chaque tribu a ses lois à elle et sa propre Jirga (un moyen de former la volonté politique qui a fait ses preuves en Afghanistan). S’il faut prendre une décision importante ou s’il y a un danger extérieur, toutes les tribus se rencontrent dans la Loyal Jirga, une grande assemblée, et délibèrent ensemble. Mais des gens cultivés qui travaillent dans les régions des tribus sont rares. Les membres du gouvernement ont pour la plupart fait leurs études en Europe ou aux USA, ils y ont vécu ou y sont déjà nés. Beaucoup d’entre eux ont deux nationalités. Ils ne comprennent pas beaucoup de l’Afghanistan. Ils restent à Kaboul et sont souvent plus peureux que les étrangers. Ils n’osent pas sortir de Kaboul pour aller à la campagne.

Ce serait naturellement aussi une partie de ma solution, qu’à Kaboul nous ayons un gouvernement qui ne règne pas par envie de l’argent et de la belle vie, mais qui voit son devoir dans le développement de l’Afghanistan et qui serait prêt à collaborer avec la population rurale. Un tel gouvernement serait une solution pour l’Afghanistan.

Horizons et débats : Est-ce que nous avons bien compris: la plupart des organisations humanitaires ne sont actives qu’à Kaboul ?

Khazan Gul : Oui, l’argent est destiné à l’aide au développement pour le peuple, mais il reste à Kaboul. Quand une organisation a du courage, elle envoie peut-être des représentants dans les villes des provinces. Mais ils ne vont pas à la campagne pour travailler. Ainsi, l’écart entre la ville et la campagne s’agrandit de plus en plus. Et en plus, les étrangers qui vivent à Kaboul veulent de belles maisons avec des toilettes comme en Europe, autrement ils ne peuvent pas y vivre. Le gouvernement, les étrangers et les organisations humanitaires vivent à Kaboul, pour nous, c’est trop cher. Ils ne produisent rien et vivent au frais des Afghans. Le gouvernement existe grâce à l’aide étrangère et ne réfléchit même pas sur le fait que l’Afghanistan pourrait devenir autonome un jour. Même leurs salaires sont financés de l’étranger.

Horizons et débats : Le ravitaillement de l’Afghanistan est actuellement dépendant de l’étranger. Au pays même, on produit peu, la plupart des aliments sont importés. Qu’en est-il de la production de biens industriels ? On produit quelque chose ?

Khazan Gul : Rien du tout. Actuellement, on a commencé à conserver quelques légumes et fruits. C’est très bien. L’agriculture a été détruite parce que le gouvernement a acheté des céré­ales aux USA ou au Pakistan et les a distribuées à la population. Les paysans indigènes ne gagnent plus rien, le prix est trop bas. Beaucoup de paysans ne travaillent plus dans l’agriculture. Les salaires des ONG, des organisations humanitaires étrangères ou de l’armée américaine sont tellement élevés qu’ils ne veulent plus être paysans ou instituteurs. Nous n’avons par exemple dans nos écoles plus d’enseignants d’anglais. Ils préfèrent travailler comme gardien, jardinier ou traducteur. Là, ils gagnent cinq fois de plus. Les paysans travaillent pour des sociétés étrangères ou pour l’armée. C’est pourquoi le projet d’agriculture est aussi du travail pour la paix. Si les gens ont assez à manger ils ne devi­ennent plus soldats. Par conséquent, les Américains ne peuvent plus recruter des soldats en Afghanistan. Aujourd’hui, ils nous achètent parce que nous n’avons rien à manger.

Horizons et débats : Si les paysans, la population rurale ne vivent plus de l’autosubsistance, de quoi vivent ils alors ?

Khazan Gul : Des militaires, de l’aide étrangère qui est distribuée ou du commerce. Les pays voisins exportent leurs marchandises en Afghanistan. Le Pakistan vend ses marchandises ici à Khost. Sans aide étrangère il n’y a pas de commerce, par manque d’argent. Sans aide étrangère nous ne pouvons momentanément pas survivre du tout. Et tant que nous dépendons de l’aide étrangère, notre pays n’est pas libre.

Horizons et débats : Le pays devrait donc produire lui-même des aliments et de la marchandise?

Khazan Gul : Oui. Si nous avons un bon gouvernement nous pouvons, dans un an, employer tous les Afghans. Nous avons assez de terres en friche qui appartiennent au gouvernement. Nous pouvons les distribuer aux paysans qui ont grande envie d’avoir de la propriété privée. Nous pouvons donner à chacun deux à trois hectares de terrain. C’est ainsi que le gouvernement en profiterait également, car dans notre Islam existe la loi qu’un dixième doit être payé au gouvernement. Si chaque paysan paye la dîme, notre gouvernement sera riche, alors nous n’aurons plus besoin d’aide étrangère. Le gouvernement peut tout faire avec cette dîme et faire travailler le peuple. Si quelqu’un a du travail, il ne pense plus à la guerre. Alors nous n’aurons plus de guerre mais la sécurité.

Le problème est qu’en Afghanistan on n’ose pas dire que nous avons un mauvais gouvernement. Celui qui critique le gouvernement, est contre les USA, contre l’Europe. Alors tu es pris pour un Taliban ou un membre d’al-Qaida. Tu peux être arrêté et peut-être déporté à Guantanamo. C’est une terrible situation en Afghanistan. Il faut subir, subir, subir. Cela ne va pas. Beaucoup sont malades à cause de cette pression. Cette pression est intérieure. On sait ce qui ne va pas, mais on n’ose rien dire. C’est affreux.

Horizons et débats : Vous avez passé quelque temps en Suisse – comment votre séjour s’est-il passé ?

Khazan Gul : J’ai fait des visites dans beaucoup d’écoles, et j’ai donné plus de 53 conférences, parfois j’ai même visité deux ou trois écoles par jour. J’étais tout le temps en route avec mes amis suisses. J’ai tout raconté de mes projets et mes problèmes en Afghanistan et j’ai trouvé beaucoup d’amis.

A chaque conférence j’ai dit aux élèves que j’avais beaucoup d’amis de par le monde que je ne connaissais pas encore. Je les cherche et je suis ici pour les connaître. Les hommes et les femmes qui veulent un monde sans guerres, ce sont tous mes amis. Et j’ai demandé à la fin : Est-ce que vous voulez également un monde sans guerre? Ils ont répondu: Oui, naturellement, nous voulons un monde sans guerre ! Je leur ai dit : Dans ce cas-là nous sommes amis !

Mais un monde sans guerre demande du travail. Il ne faut pas dormir et rêver à la maison d’un monde sans guerre. Pour cela nous devons travailler et forcer les gens qui font la guerre à arrêter les guerres. Tous ont promis de faire quelque chose contre la guerre. Je me sens plein de succès et je suis très heureux d’avoir trouvé ici autant d’amis et je continuerai tant que je suis en vie.

Horizons et débats : Nous vous remercions de nous avoir accordé du temps avant votre départ.