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14/08/2010

L'AMARANTE - QUAND LA NATURE REPREND SES DROITS

http://fr.wikipedia.org/wiki/Amarante_%28plante%29

Amaranthus_tricolor0.jpg

L'AMARANTE RESISTE AU ROUNDUP®

Source : http://www.nature-survie.com/search.forum?search_author=Moa%EF&show_results=posts

Le Roundup®, célèbre herbicide total commercialisé par le géant américain Monsanto depuis 1975, a du souci à se faire : depuis quelques années, une "mauvaise" herbe (pas mauvaise pour tout le monde), l'amarante, fait de la résistance.

Cette plante résiste vaillamment au redoutable herbicide, et cause bien des soucis aux agriculteurs américains... et à Monsanto. Les premières observations de plants d'amarante réfléchie (Amarantus retroflexus L.) résistants au Round Up ont été effectuées en 2004, par un agriculteur de Macon, en Géorgie, qui a vu son champ de soja transgénique (le soja OGM Round Up Ready de Monsanto) colonisé par cette "mauvaise" herbe. L'amarante résistante s'est ensuite propagée dans d'autres Etats américains : Caroline du Sud, Caroline du Nord, Arkansas, Tennessee et Missouri.

En 2009, ce sont pas moins de 5.000 hectares de culture de soja OGM qui ont dû être abandonnés en Géorgie (épicentre du phénomène), et la récolte de 50.000 autres hectares est menacée.

L'amarante vient perturber la mécanique bien huilée mise au point par Monsanto. En principe, on sème une parcelle en soja transgénique portant un gène de résistance au glyphosate, qui est la matière active du Round Up, ce qui permet d'arroser le champ de cet herbicide, sans aucun dommage pour le soja, alors que tous les autres végétaux (les "mauvaises" herbes) sont détruits. Mais si l'une de ces "mauvaises" herbes décide de tenir tête au Round Up, les agriculteurs n'ont pas beaucoup d'alternatives :

* Désherber mécaniquement entre les rangs, ce qui n'est pas facile sur une parcelle de soja, surtout si on attend trop ;

* Désherber à la main pour arracher chaque plant d'amarante, chose peu aisée étant donné que cette plante a un système racinaire profond, et que les surfaces à désherber sont colossales ;

* Abandonner la parcelle, et donc la récolte de soja.

Le problème est de taille, et l'enjeu économique énorme, car 9 producteurs de soja sur 10 (chiffres avancés par Monsanto) utilisent le soja Round Up Ready aux Etats-Unis. Les ventes de semences de ce soja OGM ont considérablement chuté depuis quelques années, et les agriculteurs tendent à revenir aux semences traditionnelles.

De nombreux scientifiques se sont penchés sur la question pour déterminer la cause de cette nouvelle résistance. À l'heure actuelle, les avis divergent, et deux théories sont avancées.

Transfert de gène ou résistance naturelle de l'amarante ?

La première hypothèse est celle d'une hybridation (via le pollen) entre le soja OGM et l'amarante, cette dernière récupérant ainsi le gène porteur de la résistance au glyphosate. Bien que les risques d'un croisement soient faibles, ils n'en demeurent pas moins réels, et il suffit d'un croisement réussi pour que le gène migre d'une plante à une autre. C'est ce qui aurait pu avoir lieu ici. Impossible, rétorquent les opposants à cette théorie, car le soja et l'amarante ne sont pas interféconds. Selon eux, une hybridation, et donc un "transfert" de gène n'est pas possible entre ces deux plantes. Il s'agirait plutôt de variants naturels de l'amarante, résistants au Round Up, qui seraient apparus suite à une mutation et dont le développement aurait été favorisé dans les champs traités au Round Up. L'absence de rotation des cultures et l'utilisation massive de cet herbicide sur ces parcelles auraient permis aux variants résistants de se multiplier rapidement dans un contexte favorable pour eux. Et, avec en moyenne 12.000 graines produites chaque année par un seul plant, et une capacité de germination intacte durant 20 à 30 ans pour chaque graine, l'amarante peut se montrer rapidement et durablement envahissante !

Quoi qu'il en soit, le phénomène n'est pas isolé, et d'autres "super mauvaises herbes" résistantes aux herbicides (le terme a été créé pour l'occasion en anglais : superweeds) ont déjà été observées, et on en découvrira sans doute encore…

Preuve, s'il en fallait, que la Nature sait fort bien se jouer des caprices des hommes, et trouve des parades pour tenir tête aux plus grands géants de l'agrochimie ! Mauvaise herbe pour certains, aliment précieux pour les autres. L'amarante n'est pas qu'une mauvaise herbe qui vient obscurcir le ciel de Monsanto. Elle est aussi une plante potagère et ornementale, appréciée pour ses feuilles comestibles, ses graines riches en protéines et ses grappes de fleurs aux couleurs flamboyantes.

Il est amusant que ce soit justement l'amarante qui ait développé cette résistance. Cette plante, originaire des zones tempérées et tropicales d'Asie, d'Afrique et d'Amérique du Sud, était très consommée par les Incas, les Aztèques et les Mayas. Elle était même pour eux une graine sacrée, utilisée dans des offices religieux. Sa culture a été interdite lors de la conquête du Mexique par les Espagnols, car les prêtres catholiques espéraient faire ainsi disparaître ces rites. Elle a pratiquement disparu du patrimoine gastronomique mexicain, mais elle reste très consommée en Asie.

En Europe, on la redécouvre depuis quelques années (on en trouve dans les magasins de produits naturels). Les feuilles se préparent comme des épinards, et renferment des teneurs intéressantes en vitamines et en minéraux. Mais c'est surtout la richesse de ses graines en protéines d'excellente qualité (elles en contiennent plus que le soja), ainsi que l'absence de gluten (l'amarante n'est pas une céréale, elle appartient à la famille des Chénopodiacées), qui expliquent sa récente remise à l'honneur. On la consomme mélangée à des céréales, ou ajoutée aux farines, pour donner plus de moelleux et de douceur aux pains et aux gâteaux.

Une plante vivrière peu exigeante qui intéresse les ONG

L'amarante compte de très nombreuses espèces (une soixantaine, toutes ne sont pas destinées à être consommées) et elle a la faculté de s'adapter à de multiples climats. Peu gourmande en eau et en nutriments, elle se satisfait des sols pauvres ou secs, et elle est peu sensible aux attaques des insectes et aux maladies. Elle intéresse les ONG, qui voient en elle un moyen de lutter contre la malnutrition, notamment en Afrique, en proposant aux populations de développer cette culture vivrière si peu exigeante.

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