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05/04/2008

LES 6 PAS DE LA NON-VIOLENCE ACTIVE

La Non-Violence Active est plus que le pacifisme. Elle demande une grandeur d'âme et un regard sur soi honnête pas toujours facile à poser allant de pair avec un changement intérieur de l'humain, mais totalement indispensables pour la vivre. La non-violence inclut le pacifisme.

LES 6 PAS DE LA
NON-VIOLENCE ACTIVE

par Martin Luther King

MLKING.jpg* La Non-Violence Active est une attitude face à la violence. Elle intègre la désobéissance civile et la non-participation face aux lois violentes.

* La désobéissance civile trouve la justification idéologique et philosophique suivante : si l'Etat impose des lois qui sont violentes du fait de leur injustice, de la discrimination, etc., et si l'application de telles lois affecte négativement les gens parce qu'elles les transforment en agents et récepteurs d'injustice et de discrimination, alors ces personnes ont le droit et l'obligation morale de ne pas obéir à ces lois. La désobéissance civile et la non-coopération brisent intentionnellement les lois injustes et en assument les pénalisations, par exemple l'incarcération, comme une conséquence digne de leurs actions.

* La non-participation ou le vide face à la violence demande de ne pas intervenir dans des situations violentes, ce qui a normalement un effet économique négatif pour le fomenteur de cette violence. Il a aussi pour effet d'exposer publiquement l'attitude morale des deux parties.


Martin Luther King a définit 6 étapes pour la mise en place de la Non-Violence Active
Tiré de “Letter from Birmingham Jai” (lettre de la prison de Birmingham) Penguin Books 1963 de Martin Luther King. Ces 6 étapes sont basées sur ses campagnes non-violentes, ses enseignements qui mettent l'accent sur la nécessité d'agir de façon non-violente pour des changements à la fois personnels et sociaux.
Etape 1 : Recherche de l'information
Etape 2 : Education
Etape 3 : Engagement personnel
Etape 4 : Négiciations
Etape 5 : Action directe
Etape 6 : Réconciliation


Etape 1 : Recherche de l'information
* Pour comprendre et décortiquer un problème, une injustice faite à une personne, une communauté, une institution, il faut se documenter. Vous devez enquêter et rassembler toutes les informations vitales en provenance de tous les partis impliqués afin de pouvoir accroître votre compréhension du problème. Vous devez devenir expert sur la position tenue par votre (vos) occupant(s).

Exemple :
* Collecter les informations passées et présentes dans les articles de journaux, magasines, la radio, la TV.
- Apporter une expertise sur le problème
- Faire des recherches documentaires en bibliothèque
- Discuter avec d'autres personnes et faire des interviews
- Rechercher sur internet



Etape 2 : Education
* Il est important d'informer les autres, inclus vos opposants sur le problème. Cela pour minimiser les incompréhensions et vous attirer le soutien et la sympathie de certains.


Etape 3 : Engagement personnel
* Contrôlez quotidiennement votre foi dans la philosophie et les méthodes d'action Non-Violentes. Supprimez les motivations cachées et préparez-vous à accepter de souffrir, si besoin est, dans votre travail pour la justice.


Etape 4 : Négociations
* Utilisez la dignité, l'humour, l'intelligence pour vous confronter à votre adversaire en présentant une liste d'injustices, et un plan pour y remédier. Regardez ce qui est positif dans chaque action et déclaration que celui-ci fait. Ne cherchez pas à l'humilier mais suscitez le positif chez lui. Cherchez des solutions qui lui permettront aussi d'être gagnant.


Etape 5 : Action directe
* Des actions sont menées pour forcer moralement l'adversaire à travailler avec vous à la résolution des injustices. L'action directe impose une “tension créative” dans le conflit. L'action directe est la plus efficace quand elle illustre l'injustice qu'elle vise à corriger.
Il y des centaines de tactiques d'action directe, notamment :
- Les boycotts et le refus d'acheter des produits
- Les marches et ralllies
- Les grèves et les débrayages
- Les campagnes d'envois de lettres et de pétitions
- Occupations de locaux, désinvestissements ou investissements selon
- Refus politique par le vote.


Etape 6 : Réconciliation
* Par la Non-Violence on cherche l'amitié et la compréhension de l'adversaire. La Non-Violence ne vise pas à la défaite de l'adversaire. La Non-Violence est dirigée contre les actes injustes commis par les institutions, les forces, les politiques oppressives, et non contre les personnes.

“Une loi ne pourra jamais obliger un homme à m'aimer mais il est important qu'elle lui interdise de me lyncher” Martin Luther King - Extrait du Wall Street Journal - 13 novembre 1962.


Les 6 arguments en faveur
du recours méthodique à la Non-Violence :

Martin Luther King - Extraits de "Combats pour la liberté" (1958)


* “Premièrement - La résistance Non-Violente n'est pas destinée aux peureux ; c'est une véritable résistance ! Quiconque y aurait recours par lâcheté ou par manque d'armes véritables, ne serait pas un vrai non-violent. C'est pourquoi Gandhi a si souvent répété que, si l'on n'avait le choix qu'entre la lâcheté et la violence, mieux valait choisir la violence. Mais il savait bien qu'il existe toujours une troisième voie : personne - qu'il s'agisse d'individus ou de groupes - n'est jamais acculé à cette seule alternative : se résigner à subir le mal ou rétablir la justice par la violence ; il reste la voie de la résistance Non-Violente. En fin de compte, c'est d'ailleurs le choix des forts, car elle ne consiste pas à rester dans un immobilisme passif. L'expression “résistance passive” peut faire croire - à tort - à une attitude de “laisser faire” qui revient à subir le mal en silence. Rien n'est plus contraire à la réalité. En effet, si le non-violent est passif, en ce sens qu'il n'agresse pas physiquement l'adversaire, il reste sans cesse actif de coeur et d'esprit et cherche à le convaincre de son erreur. C'est effectivement une tactique où l'on demeure passif sur le plan physique, mais vigoureusement actif sur le plan spirituel. Ce n'est pas une non-résistance passive au mal, mais bien une résistance active et non-violente.

* Deuxièmement - La résistance Non-Violente ne vise pas à vaincre son ou humilier son adversaire mais à gagner son amitié et sa compréhension. La Non-Violence veut engendrer une communauté de frères, alors que la violence n'engendre que haine et amertume.

* Troisièmement - C'est une méthode qui s'attaque aux forces du mal, et non aux personnes qui se trouvent être les instruments du mal. Car c'est le mal lui-même que le non-violent cherche à vaincre, et non les hommes qui en sont atteints.

* Quatrièmement - La résistance Non-Violente implique la volonté de savoir accepter la souffrance sans esprit de représailles, de savoir recevoir les coups sans les rendre. Le non-violent doit être prêt à subir la violence, si nécessaire, mais ne doit jamais la faire subir aux autres. Il ne cherchera pas à éviter la prison et, s'il le faut, il y entrera “comme un fiancé dans la chambre nuptiale”.

* Cinquièmement - Cette résistance Non-Violente ne se contente pas d'écarter toute violence extérieure et physique mais également toute violence intérieure de l'esprit. Le résistant non-violent est un être qui s'interdit non seulement de frapper son adversaire, mais même de le haïr. Le non-violent affirme que, dans la lutte pour la dignité humaine, l'opprimé n'est pas obligatoirement amené à succomber à la tentation de la colère ou de la haine.

* Sixièmement - Enfin, la résistance Non-Violente se fonde sur la conviction que la loi qui régit l'univers est une loi de justice. En conséquence, celui qui croit en la non-violence a une foi profonde en l'avenir, qui lui donne une raison supplémentaire d'accepter de souffrir sans esprit de représailles. Il sait en effet que, dans sa lutte pour la justice, il est en accord avec le cosmos universel. Il est vrai que certains partisans sincères de la non-violence ont de la peine à croire en un Dieu personnel. Mais ils croient à l'existence de quelque force créatrice agissant dans le sens d'un Tout universel. Que nous croyions à un processus inconscient, à un Brahmane impersonnel ou à un Dieu vivant, à la puissance absolue et à l'amour infini, peu importe : il existe dans notre univers une force créatrice qui oeuvre en vue de rétablir en un tout harmonieux les multiples contradictions de la réalité.”

01/04/2008

ABDUL GHAFFAR KHAN

LE GHANDI DES FRONTIERES

Le combat non-violent des musulmans Pashtouns contre l'empire britannique des Indes sous la conduite d'Abdul Ghaffar Khan

"Si l'histoire du combat non-violent de Gandhi contre les britanniques est connue, celle de Ghaffar Khan et des Pashtouns l'est beaucoup moins. Khan montra à ses frères et sœurs musulmans qu'il était possible de suivre les enseignements pacifiques du prophète Mohammed et de renforcer et leur foi et leur combat pour la liberté par la non-violence trouvée dans les enseignements de l'islam. "C'est ainsi qu'ils se libérèrent du joug colonial des anglais"


http://www.planetenonviolence.org/index.php?action=article&numero=78

Alliance de la non-violence islamique et indoue

622499288.jpg"Gandhi et Khan (appelé aussi le Gandhi des frontières) se rencontrèrent, une alliance se créa entre les serviteurs de Dieu pashtouns et le Congres National Indou qui oeuvrèrent ensemble à la réalisation de leur objectif commun : se libérer du joug de l'empire britannique, pour l'indépendance de l'Inde. Tous deux enseignèrent et pratiquèrent la non-violence en s'appuyant sur leur religion respective, y puisèrent leur force, chacun par son charisme et son exemple faisant des émules parmi les siens jusqu'à la libération effective ."

Ghaffar Khan et le développement de pratiques non violentes islamiques chez les Pashtouns
Ghaffar Khan, musulman pieux pensait que c'était sa mission de sauver son peuple de sa propre violence. Il ouvrit la première école non britannique en 1910, acquit sa notoriété comme réformateur social. Agissant lui-même directement, il allait de village en village, conseillant les adultes, construisant des écoles pour éduquer les enfants, des équipements sanitaires pour améliorer les conditions d'hygiène. Il travaillait en même temps à la libération de son peuple du colonialisme de l'empire britannique, essayant de monter des groupes politiques d'opposition. Pour ces agissements politiques il fut emprisonné à maintes reprises et torturé par les britanniques. Il réussit néanmoins plus tard (1929) à mettre sur pied un groupe de réformateurs sociaux qu'il organisa en une « armée » d'un genre nouveau : les serviteurs de Dieu (Khudai Khidmatgars), cette notion « d'armée » étant familière à son peuple.
Il les dirigea effectivement de la même manière qu'on dirige une armée, exigeant le respect de la discipline, excluant ceux qui n'obeissaient pas et en un an son « armée » passa de 500 recrues à 100 000. Mais ce n'était pas une armée au sens habituel du terme car dans celle-ci les personnes luttaient pour leur vie, sans arme. Ghaffar Khan pensait que le seul moyen de libérer son peuple de l'empire britannique s'était par la non-violence basée sur les enseignements de l'islam.

Ghaffar Khan va s'appuyer sur deux traditions bien implantées chez son peuple (organisé en société tribale la plus grande au monde) pour amener celui-ci à passer d'une culture de guerre à une culture de non violence. Dans la société Pashtoun il y avait un puissant code moral regardant le combat. Refuser le combat était considéré comme la pire offense. Ghaffar Khan enseigna qu'il fallait combattre pour se libérer de la violence et des anglais, que là était le vrai combat et qu'on ne pouvait pas s'y soustraire. Le deuxième aspect de la tradition Pashtoun qu'il utilisa ce fut la puissante foi religieuse de son peuple, prêt à se sacrifier pour Allah. Il leur enseigna que le prophète Mohammed a originellement prescrit de résoudre les conflits par des moyens pacifiques (sabr), et leur dit que l'islam fonctionnait sur un principe simple : ne jamais faire de mal à quelqu'un ni par la langue, ni avec une arme, ni avec la main. Ne pas mentir, ne pas voler, ne pas faire de mal c'est là le véritable islam.

Ghaffar Khan a basé sa philosophie et les motivations de son « armée » des serviteurs de Dieu sur ces passages du Coran qui prône l'utilisation de ces moyens pacifiques, ainsi que la patience, l'endurance, la compassion, le pardon à ses ennemis, approches coraniques jusqu'alors inconnue des Pashtouns. Ainsi pour faire partie des serviteurs de Dieu, chaque Pashtoun devait signer un engagement d'utiliser des moyens non-violents pour régler ses affaires. Les Pashtouns prêtaient serment de servir Allah, l'humanité, et tous les êtres vivants par des moyens non-violents. Ceci paraissait un défi incroyable sur cette terre et chez ce peuple marqués par des siècles de combats féroces. Pourtant Ghaffar Khan réussit à convaincre de nombreux Pashtouns. Ces réformateurs ouvrirent des écoles, développèrent le système sanitaire des villages, enseignèrent aux enfants dans le cadre d'un mouvement de jeunesse et Ghaffar Khan publia un bulletin sur la loi islamique et les réformes sociales. Tout ce qu'ils entreprirent rencontra de la part des autorités coloniales britanniques une violente répression : le bulletin fut interdit, les écoles détruites, les réformateurs emprisonnés. Mais les serviteurs de Dieu avaient pris l'engagement de se battre pour leur liberté avec pour seule arme leurs vies.

Répression sanglante des britanniques, renforcement de la non-violence islamique Pashtoun
Les troupes britanniques qui comptaient sur les guerres fratricides Pashtouns pour asseoir leur emprise sur eux, furent surpris de ce type de résistance non- violente. Ils répliquèrent en bouclant les provinces habitées par les pashtouns, répandirent de fausses rumeurs sur les serviteurs de Dieu les accusant d'être assoiffés de sang, leur rendant la vie impossible. Dans un rapport anglais de 1930 il était écrit à propos des Pashtouns « les brutes doivent être gouvernés brutalement par des brutes ». Aussi, les troupes britanniques en massacrèrent des milliers, brûlèrent leurs villages et leurs champs, les jetèrent nus dans l'eau glacée des rivières et commirent d'autres exactions horribles pour les provoquer à la guerre. Ils firent même venir les Garhwal Rifles, des soldats britanniques qui s'étaient illustrés pendant la première guerre mondiale, mais ceux-ci ne purent rien en face d'un tel courage et d'une telle humanité. Le bataillon entier des Garhwal Rifles fut arrêté et 17 de ses soldats envoyés devant une cour martiale.

Les serviteurs de Dieu (encore appelés les chemises rouges parce qu'ils portaient des chemises couleur brique) continuèrent à pratiquer la résistance non-violente face aux britanniques, et obtinrent finalement gain de cause : leur liberté. Mais l'effet le plus profond de ce revirement non-violent fut certainement sur le quotidien de la vie Pashtoun. Tout fut modifié en positif dans leur vie, leur façon de se traiter avec respect et dignité dans leurs relations interpersonnelles, la façon de traiter ceux parmi les Pashtouns qui s'étaient livrés des combats sanglants pendant longtemps. Leurs ennemis, les soldats britanniques, leurs familles furent également traités avec compassion. Ghaffar Khan vit dans cette solidarité la réussite de cette réforme sociale qu'il avait luimême amorcée. Il fut attentif à ce que l'égalité homme femme soit respectée, à ce que celles-ci soient intégrées au combat non violent qu'il menait avec les serviteurs de Dieu. Cette égalité est le fondement de toute culture non-violente, Ghaffar Khan le savait et il a oeuvré dans ce sens tout comme Gandhi d'ailleurs avec qui il va développer des liens très étroits. En 1937, les Pashtouns obtinrent de l'empire britannique de pouvoir élire un gouvernement provincial, et c'est le frère de Ghaffar Khan le Dc Khan Saheb qui fut élu à sa tête.

La preuve qu'il est possible de passer d'une culture de guerre à une culture de non-violence et de paix même quand on a pendant des siècles pratiqué la première avec acharnement et férocité.

413355034.jpgGandhi et Khan (appelé aussi le Gandhi des frontières) se rencontrèrent, une alliance se créa entre les serviteurs de Dieu pashtouns et le Congres National Indou qui oeuvrèrent ensemble à la réalisation de leur objectif commun : se libérer du joug de l'empire britannique, pour l'indépendance de l'Inde. Tous deux enseignèrent et pratiquèrent la non-violence en s'appuyant sur leur religion respective, y puisèrent leur force, chacun par son charisme et son exemple faisant des émules parmi les siens jusqu'à la libération effective .

Tous deux essayèrent, malheureusement sans y parvenir, d'éviter le partage de l'Inde (devenu Inde et Pakistan), ayant lutté côte à côte pour une Inde multiconfessionnelle et multiethnique. Ce partage fut scellé et proclamé en 1947 par le dernier vice roi britannique en Inde Lord Montbatten, suite aux massacres entre indous et musulmans (les pashtouns protégèrent les hindous et sikhs qui habitaient leur province). La province Pashtoun de l'ex-empire britannique des Indes fut rattachée au Pakistan. En 1948 Gandhi fut assassiné par un hindou l'accusant d'être pro musulman et Ghaffar Khan fut emprisonné par le gouvernement pakistanais d'Islamabad l'accusant d'être pro indou, alors que lui-même affirmait simplement vouloir l'autonomie pour son peuple, autonomie qu'il aurait préféré obtenir à l'intérieur de l'Inde s'il n'y avait pas eu partition. Libéré en 1958 mais expulsé vers l'Afghanistan, il a continué son combat pour la démocratie et la création (sans y parvenir) du Pashtounistan rassemblant les terres Pashtouns par des moyens non-violents et ce jusqu'à sa mort en 1988 à l'âge de 98 ans au Peshawar où il avait été finalement autorisé à retourner (1972).

Si l'histoire du combat non-violent de Gandhi est connue, celle de Ghaffar Khan et des Pashtouns beaucoup moins. Khan montra à ses frères et soeurs en religion qu'il était possible de suivre les premiers enseignements du prophète Mohammed et de renforcer et leur foi et leur combat pour la liberté par la non-violence trouvée dans les enseignements de l'islam. Leur style de vie en fut complètement transformé, ils furent à même de trouver dignité, intégrité, confiance en soi et solidarité avec autrui, en appliquant les principes de tolérance et non-violence. La non-violence leur avait offert une alternative concrète pour satisfaire leurs besoins et atteindre leur objectif de liberté, ce qu'ils n'avaient pu obtenir en fonctionnant auparavant sur un système dominateur et violent. La preuve qu'il est possible de passer d'une culture de guerre à une culture de non-violence et de paix même quand on a pendant des siècles pratiqué la première avec acharnement et férocité.