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05/03/2010

INTERVIEW DE SAMPAT PAL DEVI, LA COMBATTANTE INDIENNE EN SARI ROSE

Moi, Sampat Pal, chef de gang en sari rose,
écrit en collaboration avec Anne Berthod,
chez Oh éditions !

http://www.gulabigang.org/fr/index.html
GULABI, l'association de soutien au Gulabi Gang

 

Interview de Sampat Pal pour France 2 "Télé matin"
Pub de 27 secondes avant l'interview

SAMPAT PAL3.jpgCette femme de 46 ans anime un « gang » de 3 000 femmes qui se battent, de sit-in en opérations coup de poing, contre les injustices liées à l'inégalité des sexes et des castes.

Sampat Pal Devi.

Native de l'Uttar Pradesh, région rurale et pauvre du nord-est de l'Inde, elle a créé en 2006 le Gulabi gang, le «gang des saris roses».

Comment a commencé votre combat contre les injustices ?

Quand ma belle-soeur est venue vivre avec nous, elle avait 12 ans. Comme moi à l'âge où je me suis mariée. Je l'entendais se faire battre à travers la cloison. Violemment, régulièrement. Je ne pouvais rien dire car la femme, en Inde, doit faire ce que son mari dit. Et le mien me disait que ce n'était pas nos affaires. J'ai quand même décidé d'agir et suis allée voir mon beau-frère pour qu'il cesse. J'étais révoltée et c'est ainsi que j'ai commencé à aider d'autres femmes.

Votre constat de la condition féminine en Inde est alarmant...

Des femmes souffrent. Humiliées, battues, mises plus bas que terre. Elles passent leur vie à enfanter. Si elles ne font plus l'affaire, elles sont mises à la porte par leur mari. Dans ma région, les femmes ne mangent pas à leur faim. N'ont parfois pas de couvertures pour dormir. Doivent aller faire leurs besoins dans les champs alors que des bandits rôdent et menacent de les violer.

Comment est né le Gulabi gang, le gang rose en hindi ?

J'ai commencé à créer des groupes d'entraide dans les années 80 : j'ai compris que si une seule personne demande justice, elle a moins de chance de se faire entendre que si elle est accompagnée de cinquante manifestants. Dans mon gang, je leur permets d'être autonomes en leur apprenant la couture (elle montre les broderies du sari qu'elle porte) mais aussi à épargner.

Cela dynamise l'économie locale. Nous avions besoin d'une identité pour obtenir une vraie résonance. D'où le sari rose et le bâton à la main. Le sari rose est féminin. Le bâton, c'est pour terroriser les hommes qui ne nous écoutent pas. Et je n'ai pas peur de m'en servir !

Où puisez-vous ce courage ?

J'ai obtenu le soutien de mon mari, de mes enfants, qui me laissent désormais mener mes actions. J'ai assisté à mes premiers meetings en cachette. J'ai parfois des craintes, des peurs, mais je ne peux pas rester les bras croisés. Même si des menaces pèsent sur ma tête. En Inde, les avocats sont corrompus, ils exploitent leurs clients ! Si les policiers et les ministres ne font pas leur travail, je les rappelle à l'ordre. Quand on me dit que je vais trop loin, je leur dis qu'ils n'ont qu'à bien faire ce pour quoi on les paie !

Vous n'avez pas été à l'école. Cela constitue-t-il un frein à votre action ?

J'ai la capacité de persuader, de convaincre et unir les gens pour une cause. A-t-on besoin d'avoir fait des études pour protéger quelqu'un qui souffre ? Je sens que mon niveau de confiance s'améliore chaque jour. Que je deviens plus forte au fur et à mesure que les rangs de mon gang s'épaississent.

Les mariages d'enfants sont-ils toujours d'actualité ?

Oui. Et l'état de santé de ces enfants qui enfantent est désastreux. Nous sensibilisons les jeunes filles au sexe, sujet tabou dans notre région afin qu'elle ne le découvre pas, comme moi, au moment de la nuit de noces. Nous distribuons aussi des pilules contraceptives, parfois en cachette des maris. Pour qu'elles aient le choix.

Le 12 octobre, j'ai interrompu un mariage d'enfants avec mes femmes. Le ministre du Développement rural m'a téléphoné pour me dire que je mettais mon nez dans une affaire privée. Que cela ne me regardait pas. Je lui ai répondu que le jour où sa fille serait mariée de force, ce serait lui qui viendrait à ma porte pour réclamer mon aide !

On vous compare souvent à Phulan Devi, passée du statut de «chef de bande» à celui de députée. Envisagez-vous une carrière en politique ?

Je n'ai pas encore décidé. Mais si je dois me présenter, je le ferai : pour la justice et les femmes. Je ne suis pas intéressée par la politique traditionnelle.

Phulan Devi a été assassinée (ndlr : en 2001), je ne veux pas d'un tel dénouement, j'ai encore trop à faire. Pour l'instant, je pense qu'il est plus respectable d'intégrer mon gang que de faire de la politique. Les politiciens commencent à avoir la frousse ! (rires) Je gère mon groupe de manière non conventionnelle mais je ne succomberai jamais à la pression.

Propos recueillis par Johann FLEURI

Source : http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Sampat-Pal-Devi-...

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